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Séisme : 3 mois après, des Vénézuéliens livrés à eux-mêmes

Trois mois après la catastrophe qui a frappé le pays, la situation est toujours alarmante. À Caribe (La Guaira), les habitants déplorent l’action tardive et insuffisante de l’État, pourtant omniprésent à travers ses postes policiers et militaires. Dans le même temps, la solidarité épique des premières semaines tend à s’essouffler.

Des bénévoles devant les décombres d’un immeuble effondré à Caribe, dans l’État de La Guaira.

Des bénévoles devant les décombres d’un immeuble effondré à Caribe, dans l’État de La Guaira.

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Sur la route, à travers la vitre du bus, la destruction est déjà là, pire qu’à la télévision. La chaleur suffocante et l’air poussiéreux prennent à la gorge dès la descente, tandis que policiers et militaires quadrillent la zone tout autour. À Caribe (La Guaira), trois mois après le double séisme du 24 juin dernier ayant fait plus de 6 500 morts, le paysage est toujours en ruine.

Un État présent, mais pas là où on l’attend

Ils sont des milliers à vivre encore à l’extérieur, sous des abris temporaires. « On a beaucoup de difficulté pour respirer. À cause de la poussière, on est nombreux à avoir des douleurs au niveau des poumons et de la gorge », déclare un habitant sous sa tente. Il s’indigne : « La majorité des personnes ici sont pauvres. Ceux qui ont de l’argent ont les immeubles qui ont le mieux résisté, et pour la plupart ils sont déjà partis ».

La grande majorité des secouristes cherchant les corps sous les immeubles en ruine ne sont pas des fonctionnaires ou même des professionnels mandatés, mais des bénévoles locaux, venus d’autres villes ou de l’étranger. « Moi, je suis sauveteur bénévole depuis le deuxième jour jusqu’à aujourd’hui. Par exemple, ce matin, on a réussi à sortir cinq cadavres », raconte fièrement José, muni d’une combinaison blanche, d’un masque respiratoire et d’une cagoule de protection. Cependant, José et ses collègues n’en mènent pas large. « Sans aide, nous ne tiendrons pas longtemps », prévient-il.

Les habitants interrogés pointent l’action tardive et insuffisante de l’État, pourtant omniprésent à travers ses postes policiers et militaires. Face à l’urgence, l’État autoritaire apparaît désarçonné, mais maintient ses habitudes de surveillance sociale. Ces derniers mois, plusieurs humanitaires se sont plaints de restrictions imposées par les forces de l’ordre, des mesures difficilement acceptées par la population dans un contexte d’urgence.

L’essoufflement de la solidarité

Sur le coffre d’une voiture blanche, stationnée près du stand de restauration rapide d’une association caritative, apparaît en grosses lettres : « L’habitant de La Guaira n’est pas une charge, c’est mon frère ». La plaque d’immatriculation n’est pas locale. À l’image de ce tag, l’élan de solidarité consécutif au drame a été spontané, massif et national. Il a permis aux personnes affectées de survivre et de garder espoir.

À Caribe, des messages de solidarité inscrits sur les vitres des voitures.
À Caribe, des messages de solidarité inscrits sur les vitres des voitures.

Néanmoins, ces dernières semaines, la solidarité s’essouffle. Les associations sur place et les regroupements spontanés de volontaires accusent chaque jour un peu plus le manque de matériel, de bénévoles et de professionnels spécialisés. « Le nombre de médecins bénévoles a beaucoup baissé », déplore Yonatan, lui-même médecin volontaire au sein de la structure Cadena de Favores, située à Playa Grande. Il comprend toutefois une telle évolution : « Les gens reviennent à leur vie, à leur bataille quotidienne ».

Sur un groupe WhatsApp de secouristes, la liste des besoins s’allonge : « lampes, marteaux rotatifs, produits de première nécessité, dentifrice, savon, vêtements, etc. ». En faisant défiler le fil de conversations, on mesure le défi logistique, la difficulté d’acheminer les vivres au bon endroit, de faire en sorte que certains lieux ne se retrouvent pas avec trop, et d’autres avec pas assez. Trop nombreuses, les urgences sont concurrentes entre elles, et les bénévoles sont bien souvent contraints d’assumer le poids de l’arbitrage.

Étudiante en médecine à Valencia, Oleydis apporte son aide à La Guaira dès que le temps le lui permet. Depuis ses premières interventions, elle a vu la situation se détériorer nettement : « Les gens sont de plus en plus mal psychologiquement, pire que dans les premiers jours », regrette-t-elle. De nombreuses structures se consacrent d’ailleurs à cet aspect, comme la fondation Payaso con Bata qui se déplace régulièrement depuis Valencia pour offrir aux habitants de La Guaira de l’affection et des câlins gratuits.

Dans un contexte de transition démocratique ?

Sans surprise, le Comité international de secours a estimé que « la réponse de l’État vénézuélien n’était pas à la hauteur de la gravité des nécessités humanitaires ». La spectaculaire intervention états-unienne du mois de janvier avait pourtant nourri de grands espoirs, ravivés après le drame par le secrétaire d’État Marco Rubio : « L’aide sera grande, rapide, et efficace ».

Trois mois plus tard, la nouvelle tutelle montre ses limites. La désillusion est difficilement nommable. « Nous les Vénézuéliens, on pensait au début qu’il y avait une stratégie derrière tout ça », avoue Hiowanka Ávila, une caraqueña de quarante ans. Au mois de janvier, elle rêvait de changement. Aujourd’hui, elle a mal quand elle voit à la télévision les généraux états-uniens copiner avec Diosdado Cabello et les frères Rodríguez.

Le frère de Hiowanka, Henryberth Rivas, est l’un des 400 prisonniers politiques du pays. Détenu depuis huit ans, il avait été inculpé pour tentative d’assassinat sur Nicolás Maduro alors qu’il participait à des manifestations pacifiques. Depuis plusieurs années, Hiowanka dénonce la détention arbitraire de son frère, les tortures et traitements dégradants qu’il a subis, et le fait qu’il soit toujours détenu malgré la détérioration de son état de santé.

Hiowanka passe aujourd’hui ses nuits dans un campement en face du Rodeo 1, où se trouve détenu son frère, à une heure de Caracas. La dernière fois qu’elle est allée voir l’administration pénitentiaire pour exiger la libération de son frère malade, les agents présents ce jour-là lui ont répondu : « Compte tenu de la tragédie, nous ne travaillons plus qu’à mi-temps. Ne soyez pas égoïste, tout l’État vénézuélien est concentré pour venir en aide aux populations de La Guaira ».

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